Il fut un temps où « improbable » menait une existence paisible. Le mot avait un métier simple, clair, presque administratif : désigner ce qui a peu de chances de se produire. Un événement improbable est un événement peu probable. Rien de plus, rien de moins. C’était net, précis, élégant.
Et puis un beau jour, tout a basculé.
On a commencé à entendre parler d’un « personnage improbable », d’une « coiffure improbable », d’un « repas improbable », d’un « duo improbable », voire de « chaussettes improbables ».

Vu dans la presse
Par exemple, le magazine Marie-France parle de « coiffures improbables ». Mais qu’est-ce qu’une coiffure probable ?
Un journaliste d’actu.fr parle d’un « bâtiment carré improbable dans une cour intérieure » (y aurait-il des bâtiments probables ?).
Le magazine Marianne pense qu’il y a des « destinations improbables » (c’est donc qu’il y a des destinations probables ?).
Comment en est-on arrivé là ?
Depuis les années 1990, avec la montée en puissance des séries américaines, des traductions rapides et d’Internet, l’influence de l’anglais sur le français s’est intensifiée. Les mauvais traducteurs ont traduit littéralement « unlikely », qui peut désigner ce qui est peu probable, bien sûr, mais aussi une personne ou une situation inattendue, surprenante ou peu conventionnelle. Les traducteurs pressés ont souvent choisi le faux ami le plus évident : « improbable ». Et le public a adopté cette nouvelle acception avec enthousiasme.
On lit ainsi : « Un restaurant improbable au cœur de Paris. » Faut-il comprendre qu’il est presque impossible qu’il soit là ? Qu’il apparaît un jour sur deux ? Qu’il n’existe que les années bissextiles ? Non : il est simplement original.
« Improbable » étant ambigu, mieux vaut éviter de l’employer
Prenons l’exemple de « canapé improbable ». Peut-on parler d’un « canapé étonnant » ? Oui. En revanche, à ma connaissance, on ne peut pas dire d’un canapé qu’il est probable. Donc, dans ce cas, il faut éviter « improbable ».
Prenons maintenant l’exemple d’une « solution improbable ». Y a-t-il des « solutions étonnantes » ? Oui, mais il y a aussi des solutions probables. Donc, mieux vaut éviter d’employer « improbable » et le remplacer soit par « étonnant, curieux, etc. » soit par « peu probable, rare, etc. ».
