Autrefois, pour faire la fête, les jeunes se donnaient rendez-vous dans une salle, une guinguette, un bal ou chez quelqu’un. Aujourd’hui, ils peuvent se donner rendez-vous dans un champ, à trois heures du matin, grâce à un message sibyllin sur leur téléphone, pour écouter pendant des heures un bruit de machine à laver sous amphétamines.
Le progrès, probablement.
Bal traditionnel ou « rave » : où s’amuse-t-on vraiment ?

Aller à une rave party, c’est littéralement pour délirer, voire halluciner, probablement après avoir pris de la drogue
« To rave » signifie délirer, divaguer, parler comme un fou, être hors de soi, halluciner. Selon l’Oxford English Dictionary, « to rave » est issu de l’ancien français « raver », qui a donné « rêver ».
Le sens moderne de « rave party » apparaît avec la culture de la musique électronique. Dans les années 1980, l’animateur musical (DJ) Frankie Knuckles invente le courant « house music », littéralement : la musique passée au Warehouse, discothèque de la scène noire et homosexuelle de Chicago.
Puis, dans les années 1990, au Royaume-Uni, la house music devient l’acid house. Ici, « acid » fait référence au LSD (acide lysergique diéthylamide). En effet, cette musique, particulièrement liée à la culture psychédélique et aux drogues, semblait elle-même hallucinatoire : répétitive, hypnotique, avec des sonorités étranges, aiguës et grinçantes.
« Free party » renvoie à deux sens de « free » : libre et gratuit
– une fête libre de toutes contraintes
– une fête gratuite
Ces fêtes clandestines sont organisées dans des entrepôts, des champs et d’autres lieux inhabituels car, curieusement, aucun établissement ne veut prendre la responsabilité d’accueillir des centaines de « teufeurs », dont la plupart sont drogués. En effet, comment supporter ces rythmes répétitifs, ces sons stridents, pendant des heures, sans stimulants ?
Les « free parties », des soi-disant fêtes où l’on danse sur un truc appelé musique techno
Pourquoi « techno » ? Parce que cette musique est réalisée sans musiciens, uniquement à partir de technologie. Il est permis de penser qu’un morceau de techno prend moins de temps à composer qu’une vraie chanson ou un morceau de musique classique. Encore que, aujourd’hui, avec l’IA, il doit être possible de singer Bach ou Chopin en quelques minutes.
Au lieu de « free parties » ou de « rave parties », on pourrait donc parler de fêtes techno clandestines ou fêtes techno sauvages.
Que faisaient les jeunes, jusqu’aux années 1950, 1960, et encore un peu maintenant ?
Ils allaient à des bals. Chaque région de France avait ses danses et ses costumes. Les bals étaient l’occasion de faire la fête, de se retrouver entre amis, de passer de bons moments et peut-être de trouver l’élu(e) de son cœur.
Durant la première moitié du XXe siècle, les danses venues d’Amérique commençaient déjà à remplacer les danses traditionnelles. La bourrée, les quadrilles, la valse et la java cédaient le pas au fox-trot, au charleston, au swing puis au rock and roll.
De nos jours, il est difficile de trouver des bals de danses françaises. La plupart du temps, on ne peut danser que le rock ou la salsa. Cependant, on peut encore trouver des bals trad, en cherchant bien, surtout dans certaines régions à l’identité forte, comme en Bretagne ou au Pays basque.
Alibert, chanteur marseillais de la première moitié du XXe siècle, regrettait déjà l’invasion culturelle anglo-saxonne, dans sa chanson de 1945, Le petit bal de la belle de mai :
À Paname,
Oui Madame,
Il y a des dancings
Où s’esquichent
Tous les riches
Pour faire le swing
Il faut faire
Des manières
Dans ces boîtes-là,
Mais peuchère
Pour me plaire,
Ça ne vaut pas…
Le petit bal de la Belle-de-Mai
Où nous dansions sous les branches
Les beaux dimanches
L’accordéon ne s’arrêtait jamais
Et nous tournions en musique
Zique, zique, zique !
Comme un tourniquet.
Vous dansiez dans mes bras
Une, deux, trois, zou !
La valse à petit pas
Une, deux, trois, zou !
En ce temps-là déjà je vous aimais
Et mon cœur battait plus vite
Vite, Vite, Vite !
À la Belle-de-Mai
Est-ce qu’on s’amuse davantage dans un bal traditionnel ou dans une « free party » ?

Pour le savoir, il suffit de regarder les visages.
* Du côté des bals : des sourires spontanés, des visages heureux, beaucoup de femmes en robes ou jupes, des danses codifiées qu’on s’efforce d’apprendre. On danse en couple ou en groupe. Certaines de ces danses, assez compliquées, nécessitent d’aller à des cours. Le volume de la musique permet de discuter, donc de se faire des amis ou de trouver l’âme-sœur.
* Du côté des « rave/free parties » : des tenues indifférenciées pour hommes et femmes, des visages hébétés, des regards vides, des mouvements saccadés, aléatoires, frénétiques, n’importe comment. On danse seul, sans regarder les autres. Le volume de la musique est si fort qu’il est impossible de discuter. L’avantage, c’est que, si vous n’avez pas le sens du rythme, personne ne s’en aperçoit !
Difficile de choisir !
