La Dépêche a tranché, ce sera le truc incompréhensible : « un bar ultra confidentiel (…) idéal pour un afterwork premium ».
Honnêtement, y a-t-il des gens parmi vous qui disent : « Et si on se faisait un afterwork premium » ? Ce jargon est ridicule.
Qu’es aquò, un afterwork premium ?
Littéralement « after » (après) et « work » (travail), mais la notion de boire un verre n’apparaît pas dans l’étymologie.
De plus, c’est un faux anglicisme. Comme le smoking, le relooking ou le footing, ce mot n’existe pas en anglais. Nous aimons tellement l’anglais que nous inventons des mots que les anglo-saxons n’utilisent pas.

Je n’entends personne, autour de moi, utiliser ce mot, mais il est vrai que je ne travaille pas dans une entreprise « branchée ». J’ai l’impression que ce mot est surtout utilisé par les médias et les publicitaires.
Quant à l’envahissant « premium« , mot latin utilisé dans le monde anglo-saxon qui a récemment débarqué sur nos côtes, il remplace : chic, élégant, haut de gamme, luxueux, prestigieux, etc. (voir « premium » dans le dictionnaire de Halte aux anglicismes).
Les traducteurs sont des traîtres

Connaissez-vous l’expression italienne « traduttore traditore » ? Elle signifie littéralement que les traducteurs sont des traîtres, c’est-à-dire qu’il est très difficile de traduire parfaitement, puisqu’il y a toujours des différences de contexte social, historique, culturel, etc. qui empêchent d’exprimer parfaitement certaines choses dans d’autres langues. Si, en outre, le traducteur est mauvais, l’auteur original sera vraiment trahi.
Toutefois, ce n’est pas sur leurs compétences linguistiques que j’attaque certains traducteurs, mais sur leurs compétences patriotiques. Je regarde souvent les messages de mes collègues traducteurs publiés sur Linkedin, ils sont truffés d’anglicismes !
Ainsi, je lisais récemment : « Notre groupe de traducteurs s’est retrouvé pour un afterwork afin de faire du networking« . Franchement, c’était compliqué d’écrire « Notre groupe de traducteurs s’est retrouvé pour un boire un verre afin de nouer des contacts » ?
Le mot « réseautage » a été inventé pour traduire « networking », mais il me semble que, avant l’invasion anglomane, nous avions d’autres expressions, auxquelles on peut adjoindre l’adjectif « professionnel » si besoin est :
– développer son réseau
– nouer des contacts
– se faire des relations
– tisser des liens
– remplir son carnet d’adresses
– élargir son cercle
– faire des rencontres, etc.
L’afterwork, une coutume anglo-saxonne de destruction des familles
En France, après le travail, on a suffisamment vu ses collègues, on ne pas va en plus aller prendre un verre d’alcool avec eux ! Il est temps de retrouver ses enfants, son conjoint, etc.
Alors que, après le travail, au lieu d’aller retrouver leur famille, les Britanniques vont souvent au pub avec leurs collègues. Il est mal vu de ne pas y aller. C’est l’occasion de faire progresser sa carrière. Si vous n’allez pas vous saouler avec votre patron, vous risquez même de manquer une promotion.
Que deviennent les enfants pendant ce temps ? Sans doute avec la maman, pendant que le papa tente d’obtenir promotions et contrats. Comment avoir une vie de famille dans ces conditions ? Surtout après avoir subi la circulation des heures de pointe ou le long trajet en métro ou train pour rentrer chez soi avec plusieurs pintes de bière dans le nez.
Citation sur cette différence culturelle
Au pays de la bonne chair, la pause déjeuner reste d’ailleurs un moment sacré. Ici, on y consacre 1 heure 12 en moyenne, contre 48 minutes seulement dans la City, où l’on préfère de loin le rituel de l’afterwork. Ainsi, 70 % des employés londoniens boivent régulièrement des verres avec des collègues après le travail contre 25 % des Parisiens. Question de culture !
— (« À Londres comme à Paris, les salariés défendent leur “home sweet home” », dans Le Monde, 21 juin 2016)
On notera que cette journaliste du Monde ne sait pas orthographier « la bonne chère », qu’elle a remplacé par « la bonne chair ».
« Du latin cara (« visage, face »). « Faire bonne chère » signifie donc originellement « faire bon visage » puis, par glissement de sens (attesté au XIIème s.), « faire bon accueil ». Ces deux sens ont disparu au XVIIème s., tandis que le sens de « repas », dérivé de la notion d’accueil et attesté dès le XIVème, s’impose. » (Wiktionnaire)
Donc rien à voir avec la « chair ».
Conclusion
Si nous n’étions plus trahis par certains médias et certains traducteurs, qui favorisent cette culture anglo-saxonne destructrice des familles, peut-être sortirions-nous de la galère du franglais et de la mondialisation ?
