Les journalistes de presse écrite feraient bien d’apprendre leur langue et de se relire

« Un décorum qui mixe habillement »

Vous n’avez rien compris ? Moi non plus. La phrase complète de l’article d’actu.fr intitulé Le seul barbecue japonais de Toulouse : ce nouveau restaurant ludique joue la carte de l’excellence est : « Plusieurs groupes sont attablés dans les box en forme de demi-cercle ou autour des tables, au cœur d’un décorum qui mixe habillement éléments traditionnels et touches plus contemporaines. »

Plutôt que d’un « décorum qui mixe habillement (…) », j’imagine qu’il s’agit d’un « décor où se mélangent habilement (…) ».

Le décorum n’a rien à voir avec la décoration

Le décorum, de nos jours, c’est « l’ensemble des convenances, des règles de bienséance qu’il convient d’observer en certaines circonstances » (Académie française).

Au XVIIe siècle, « décorum » et « décor » pouvaient être proches (voir le Littré), mais plus du tout maintenant.

Le correcteur d’orthographe a fait faux bond au journaliste d’actu.fr

Oui, le mot « habillement » existe, lorsqu’il s’agit de vêtements. Mais le journaliste voulait certainement écrire « habilement ». Autrefois, tous les journaux avaient des relecteurs. Maintenant, on se contente du correcteur d’orthographe de son traitement de texte, qui n’attrape pas toutes les erreurs, hélas !

Pourquoi « mixer » au lieu de « mélanger » ?

Parce que l’anglais, c’est plus chic. « Mixer » est très à la mode, tellement plus exaltant que le ringard « mélanger ». Ce qui est ironique, c’est que les anglophones instruits aiment bien utiliser le mot français « mélange », pour avoir l’air distingué.

Ainsi, nous avons des mix d’outils, des mix énergétiques, des mix de chaînes, etc., quand ce ne sont pas des « combo », diminutif anglais de « combination » (combinaison).

Au lieu de réduire les fruits en purée, il vaut mieux les « mixer », ça fait plus pro, plus technique. Et, au lieu de banalement choisir un assortiment de couleurs pour décorer votre appartement, vous choisirez un mix de couleurs.

Et à la place de « box », « compartiment » fera l’affaire.

Bref, au lieu de vouloir briller, les journalistes de presse écrite feraient mieux d’apprendre leur langue et de se relire.

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