Au lieu de dire
un flyer
Il vaudrait mieux dire
une feuille volante, un prospectus (dans un contexte publicitaire), un dépliant (si la feuille est pliée), un tract (d’origine latine, arrivé chez nous au XIXe siècle en provenance des pays anglophones), un papillon, un billet, un feuillet, un imprimé, un pamphlet (politique), etc.
Origine
« Flyer » vient de « to fly » (voler). Il est proche de l’idée de « feuille volante » (feuille imprimée, non reliée, diffusée isolément).
« Flyer » a commencé à nous envahir à la fin du XXe siècle.
« Tract » est arrivé plus tôt.
« Étymol. et Hist. 1835 ([J. B. Saint-Victor], Lettres sur les États-Unis d’Amérique, écrites en 1832 et 1833, et adressées à M. le Comte O’Mahony, I, 169 ds Höfler Anglic.). Empr. à l’angl.tract, qui semble être une abrév. du lat. tractatus « discussion d’un sujet, traité »; tract est att. dep. le xves. avec le sens de « traité, ouvrage sur un sujet » puis plus partic. dep. ca 1760 (v. NED, et DAE et Americanisms, s.v. tract society) au sens de « court écrit ou pamphlet de propagande sur un sujet religieux, politique ou autre, que l’on distribue ». » (CNRTL)
« Feuille volante » a une histoire intéressante.
« Cet anglicisme pourrait facilement être remplacé par « tract » ou « prospectus », mais on pourrait aussi lui préférer, pour services rendus à la démocratie, le terme de « feuille volante ». Évoquons pour cela un point d’histoire trop souvent méconnu. Les philhellènes, qui, au début du xixe siècle, s’employaient à aider les Grecs dans leur combat pour l’indépendance contre la puissance ottomane, agissaient de diverses manières : Lord Byron alla combattre et mourir en Grèce avec une poignée d’hommes que l’on peut considérer comme les ancêtres des Brigades internationales ; d’autres les soutinrent par leurs écrits, parmi lesquels Hugo, Chateaubriand, Lamartine.
Firmin Didot, lui, fit venir à Paris des Grecs qu’il forma au métier d’imprimeur et arma de petits navires, appelés « gaozes », à bord desquels était caché le matériel d’imprimerie qu’il leur avait fourni. Comme ces bateaux faisaient constamment du cabotage, il était plus difficile à la police turque de les repérer, d’arrêter les imprimeurs et de détruire les machines. De port en port on distribuait les tracts imprimés au large, et, en hommage à Firmin Didot, ces imprimeurs clandestins leur donnèrent le nom français de « feuilles volantes ». Notre langue est redevable à la Grèce d’une grande partie de son vocabulaire et en particulier du mot démocratie. Il serait regrettable que nous n’utilisions plus l’expression qu’elle nous avait empruntée quand il s’était agi de lutter pour son indépendance. » (Dictionnaire de l’Académie française)
La Commission générale de terminologie et de néologie n’aime pas « flyer » non plus
La vogue du mot anglais flyer pour désigner ce qui est littéralement une « feuille volante » est un exemple parmi d’autres d’une méconnaissance des possibilités de la langue française. Il est employé à seule fin de donner un air de nouveauté à une technique publicitaire des plus anciennes. En effet, distribuée de la main à la main à l’entrée des théâtres ou des magasins, glissée dans les boîtes aux lettres ou posée en pile sur un comptoir, une simple feuille de papier reste, à l’ère de l’internet et de la téléphonie mobile, un moyen simple et efficace pour diffuser une information et appeler l’attention du public.
Ainsi, une annonce peut avoir des supports divers, désignés par des mots différents, du plus général – feuillet, feuille, imprimé – au plus précis : dépliant, papillon ou brochure, si l’on s’en tient à la forme du document, coupon, prospectus, tract, invitation ou programme, si l’on s’attache à son contenu, qu’il soit commercial, politique ou culturel.
Le lexique offrant une large gamme de mots évocateurs, la Commission générale recommande de ne pas s’en tenir à un mot unique et de puiser sans réserve dans les ressources de la langue française.
Journal officiel du 3 février 2011 (Commission générale de terminologie et de néologie)
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