Ils utilisent un langage abscons qui dissuade les novices de s’y intéresser. Ce jargon creuse un fossé entre les gens qui maîtrisent plus ou moins l’anglais et les autres. Il rappelle le sketch des Inconnus sur les langages hermétiques.
Mais cette utilisation d’un jargon mâtiné d’anglicismes s’accompagne souvent de fautes d’orthographe et de syntaxe, en anglais et en français, ce qui peut rebuter encore davantage.
Voici un message publié (et non pas « posté ») sur un forum consacré (et non pas « dédié ») aux cryptomonnaies, pour vous montrer l’ampleur des dégâts
Je cite, accrochez-vous :
1) Oui le bitcoin est traçable et peut être flagé, maintenant tu peux facilement brouiller les pistes, en passant dans un mixeur ou par le lightning ou en passant par monero, ou les trois à la suite ^^
Aussi il existe des solutions pour sortir en fiat ou stablecoin en p2p.
2 ) Oui la règlementation se durcit, mais cela concerne seulement le custodial, pas le p2p.
3 ) Personne n’a d’impact sur ma capacité à hodl. Pour l’échange oui dans le sens où ça fait varier le prix à court terme, ce qui importe peu un hodler qui est là pour le long terme.
4 ) Si demain tu hack le wallet de satoshi et revend le million de bitcoin, oui le prix va crasher à court terme mais à long terme ça ne va rien changer à la rareté strict du bitcoin et sa caractéristique déflationniste, il continuera à prendre de la valeur.
Normalement, à ce stade, vous êtes dégoûté, vous avez envie de passer à autre chose, de retrouver un monde où les choses ont du sens, de lire un auteur classique pour vous dépolluer de ces horreurs.
Quand je dis que les utilisateurs de ce langage, souvent, ne maîtrisent pas l’anglais ni le français…
Je vais traiter quelques-uns de ces mots. Pas tous, l’article serait trop long.
« Traçable » (à remplacer par « peut être surveillé ») : anglicisme, vient de « to trace » (suivre une piste). En français.
« Flagé » (à remplacer par « signalé ») : à la fois un anglicisme et une faute de prononciation. Vient de « flag » (drapeau), qui a donné « to flag » (signaler, éventuellement avec un drapeau). Si on le transforme en anglicisme, il devient « flaguer ». Le « u » est important pour avoir le son « gue » comme dans « gueux ». « Flagé » ne veut strictement rien dire.
« P2P » (à remplacer par « entre homologues ») : « P2P » signifie « peer to peer », littéralement « de pair à pair », dans le sens d’échange entre homologues, entre personnes de statut similaire.
« Hodl » et « hodler » (à remplacer par « détenir » et « détenteur ») : à la fois un anglicisme et une faute d’orthographe en anglais. Ce n’est pas « to hodl » (qui n’existe pas), mais « to hold » (détenir). Le nom « hodler », également mal orthographié, devrait être « holder » (détenteur).
« Tu hack » (à remplacer par « tu pirates ») : « to hack » signifie « pirater » mais, transformé en anglicisme, l’auteur de ce message aurait dû écrire « tu hackes ».
Le marché de l’ours ou le marché de la bière ?

J’ai entendu récemment un spécialiste en cryptomonnaies prononcer « bear market » comme « beer market ».
Un « bear market », littéralement un « marché de l’ours », signifie que les acteurs du marché vendent et, donc, que les cours baissent. Le « bear market » s’oppose au « bull market », où les cours montent, parce que les acteurs du marché foncent comme des taureaux pour acheter les valeurs (actions, cryptomonnaies, etc.).
Le mot « beer » signifie « bière ». Donc, quand cette personne prononçait « bear » comme « beer », elle parlait en réalité du marché de la bière…
Pourquoi les spécialistes de cryptomonnaies ne parlent-ils pas correctement ?
Toujours pour les mêmes raisons :
- pour aller vite
- par flemme de traduire
- pour être compris du plus grand nombre
- par ignorance
- etc.
Un jour, je referai un ou plusieurs articles sur les cryptomonnaies, pour tenter de comprendre ce monde obscur.
