C’est plus simple, ça fait moins réfléchir
Vous mangez dans la rue ? Parlez de « street food ».
Avions-nous vraiment besoin de nouveaux termes pour désigner la nourriture achetée dans la rue ? Il me semble qu’on s’en était passé jusqu’à récemment.
Par exemple, le magazine Elle parle de « Ces spécialités emblématiques de street food à tester absolument en voyage ».
Donc, quand j’étais petite et que je mangeais une chocolatine dans la rue, après l’école, je mangeais de la street food ? Pour paraphraser M. Jourdain dans Le Bourgeois gentilhomme « Par ma foi ! il y a plus de quarante ans que je mange de la street food sans que j’en susse rien, et je vous suis le plus obligé du monde de m’avoir appris cela. »
Vous trouvez la gastronomie intimidante ? Parlez de fooding.
Ce mot n’existe pas en anglais. Nous avons une telle admiration pour le monde anglophone que nous allons jusqu’à inventer des mots pour être dans l’air du temps.
Le Fooding, ce guide de restauration franco-belge, est aussi bardé d’anglicismes qu’un rôti est bardé de tranches de lard, quelques exemples : « très cool cahier pour les kids », « une map », « les spots de bouche », « la recette win-win « , « dorloté·es, consolé·es, rasséréné·es » (l’écriture inclusive, pour paraître gentil et moderne…), « archi-family-friendly », « un bankable café « … Après avoir lu quelques articles, j’ai senti venir une indigestion, je suis étonnée que des gens les apprécient.
Tout le monde n’admire pas le « fooding » : « Seul un goût immodéré du paradoxe peut conduire à recourir à une autre langue pour évoquer une forme si typique de notre art de vivre et de notre culture. » (Commission générale de terminologie et de néologie)
Vous voulez être servi rapidement ? Allez dans un fast-food.
La restauration rapide, souvent de très mauvaise qualité et catastrophique pour la santé, envahit nos communes. Peut-on vraiment qualifier ces choses de nourriture ?

Dans les années 1960, les Français résistaient encore :
« L’expérience Wimpy, importée des États-Unis par Borel, a un concept simple : « un repas complet dans un pain rond », mais ne réussit pas à s’imposer. La chaîne de trente restaurants burgers installée sur les autoroutes françaises ferme en 1969, les Français n’étant pas prêts alors à prendre des repas rapides[oulouse : quelles seront les tendances food de 2026 ? » (Wikipedia)
Mais, à partir des années 1970, McDonald’s et les autres chaînes ont réussi à s’implanter. Pour de bon.
Un camion vend-il de la nourriture ? C’est un food truck.
En français, on pourrait dire un camion-restaurant.
Ainsi, actu.fr nous signale : « A Toulouse, il lance un food-truck entièrement dédié aux chocolats chauds (très) gourmands » (avec une utilisation anglicisée du mot « dédié »).
Un espace restauration dans un centre commercial ? C’est un food court.
Contrairement aux apparences (food court, fresh & tasty food), cet endroit est en France.
À Toulouse, nous avons La Friche : « La Friche vous propose une soirée raclette à déguster dans une véritable télécabine de ski aménagée ou un igloo cocooning ! Dans nos food courts, plusieurs stands de street food 100% Toulousains sont présents, comme ça chacun mange ce qu’il veut ! »
(4 anglicismes se sont glissés dans ce texte, saurez-vous les identifier ?)
Les services de restauration ? Ce sera du food service.

« Le food service, c’est tout ce qui concerne la restauration sous toutes ses formes, mais aussi les métiers de bouche, l’équipement et la restauration collective. C’est toute la chaîne qui relie la production au grand public », rappelle Luc Dubanchet, directeur de Sirha Food
Comme beaucoup d’événements organisés en France, cet événement porte un nom anglais, « smahrt », qui rappelle les smartphones, les smartwatchs, donc qui fait moderne et chic, certainement.

Pour ceux qui souhaitent un univers encore plus moderne et chic, sachez que le Smahrt Toulouse aura lieu au MEETT (to meet = rencontrer), le nouveau lieu d’accueil des grands événements commerciaux à Toulouse.
On ne sait pas à quoi correspondent les lettres SMAHRT et MEETT.
« Tu viens au SMAHRT, c’est au MEETT ! »
Cette phrase peut paraître sibylline, mais c’est bien ce que certaines personnes doivent prononcer en ce moment.
Pour une fois, je suis d’accord avec des journalistes !
« Alors que la capitale n’a jamais compté autant de restaurants, la prolifération des coffee shops, de la street food et autres concepts mondialisés tend à uniformiser les rues. Aux dépens des cafés parisiens en voie de disparition. »
« Si l’on mesure l’âme d’une ville à la vigueur de ses bistrots de quartier, que dire alors de Paris ? La capitale voit progressivement — mais sûrement — disparaître ses comptoirs vivants du matin au soir, leurs cafés vite avalés, leurs plats du jour accessibles et les apéros que se partage une clientèle hétéroclite prompte à se mélanger. » (Le Parisien)

Il y a malheureusement, ces dernières années, beaucoup d’autres usages du mot « food » en France mais, pour ne pas risquer la nausée, nous nous en tiendrons là aujourd’hui.
