Ces deux anglicismes ont connu un destin similaire. Issus des domaines physiques et techniques, ils ont envahi notre langue par le truchement des livres de psychologie.
Comme la plupart des anglicismes, ils n’ont rien apporté, ils ont simplement remplacé des mots français, tout en se débarrassant de leurs nuances, ce qui donne l’illusion d’introduire de nouveaux concepts.
L’influence des bouquins de psy mal traduits
Les psy anglophones ont détourné ces mots issus des domaines techniques et scientifiques pour créer une impression de nouveauté (toujours bon pour la réputation et le chiffre d’affaires).
Par ignorance ou complicité, les traducteurs de ces bouquins ont conservé le mot anglais « stress », qui a commencé à nous envahir dans les années 1980, et ont ajouté un accent au mot anglais « resilience », dont l’invasion a commencé dans les années 2000.
Prenons le cas du mot « stress »
Comme beaucoup d’anglicismes, le mot « stress » a appauvri notre langue, en remplaçant : détresse, tension nerveuse, pression psychologique, contrainte, angoisse, inquiétude, etc. (voir l’entrée de dictionnaire « stress »)
Origines anglaises et françaises
Le mot vient de l’anglais « stress », dérivé d’une abréviation du moyen anglais « destresse », emprunté au vieux français « destrecier », issu du latin « distringō » (étirer). Cette forme s’est probablement confondue avec le moyen anglais « stresse », issu du vieux français « estrece » (étroitesse), issu du latin « strictus » (étroit).

Une origine technique et scientifique
Avant de prendre son sens psychologique, « stress » a longtemps été utilisé dans les domaines techniques et scientifiques pour signifier « tension », « étirement », « pression », « déformation », « contrainte ». « Stresser « To stress » signifie « appliquer une force (sur un corps ou une structure) provoquant une contrainte.«
Adoption de son sens psychologique
Depuis les années 1930, notamment après les travaux du médecin Hans Selye, « stress » est utilisé dans un sens psychologique et physiologique.
Il se diffuse ensuite dans la langue anglaise courante, à partir des années 1970-1980, avec le sens plus large de tension nerveuse ou pression psychologique liée au travail, à la vie quotidienne, etc.
Arrivée de « stress » dans la langue française
Le mot entre dans la langue française dans les années 1950-1960, d’abord dans le domaine scientifique et médical, pour désigner la réaction d’un organisme à une agression ou une contrainte (traduction directe du concept de Selye, voir ci-dessus).
Le mot « stress » est enregistré dans Le Petit Robert en 1983 et dans Le Trésor de la langue française informatisé (TLFi) à peu près à la même époque. Autrement dit, avant, quasiment personne ne parlait de stress pour dire :
– je suis sous pression
– j’ai des difficultés
– je traverse une épreuve
– je suis agacé
– etc.
Un témoin dans ma famille
Ma tante Roselyne, née dans les années 1930, avait assisté à l’essor du mot « stress ». Lors d’une discussion, elle m’avait fait part de son agacement : « On a tout le temps le mot stress à la bouche. Pourtant, avant, on s’en passait très bien. »
Et maintenant, prenons le cas du mot « résilience »

Origine
Même si « résilience » existe en français depuis longtemps dans un sens mécanique, son essor récent dans un sens psychologique vient de l’anglais « resilience », lui-même issu du latin resilire (rebondir), fait sur re- et salire (« monter, bondir »).
En employant le mot « résilience » dans un sens moral, on a l’impression d’utiliser un nouveau concept.
En réalité, cet anglicisme regroupe (et donc détruit) plusieurs nuances du français telles que : force morale, robustesse, résistance, adaptabilité, tolérance aux difficultés, souplesse, flexibilité, aptitude à rebondir / se reconstruire, etc.

L’anglais « resilience » et le français « résilience » ont suivi des trajets similaires.
En effet, comme souvent, ce qui est à la mode aux États-Unis devient à la mode en France (et dans beaucoup d’autres pays) quelques années après.

Une origine technique et scientifique
Dans les années 1820-1850, le mot « resilience » est adopté pour désigner la capacité d’un matériau à absorber un choc et à retrouver sa forme.
Adoption de son sens psychologique, en anglais comme en français
C’est seulement dans les années 1950-1980 que le terme est adopté dans les domaines de la psychologie, pour désigner la capacité d’un individu à surmonter un traumatisme, calquée sur le sens mécanique : choc, puis déformation, puis retour à l’équilibre.
Sous l’influence des livres de psychologie anglophones, « résilience » connaît un énorme succès en France depuis les années 2000.
Voici certains des mots que « résilience » a remplacé :
| Ancienne notion morale | Fonction assurée aujourd’hui par « résilience » |
|---|
| Courage | Faire face sans s’effondrer |
| Constance | Tenir dans la durée |
| Patience | Supporter sans rompre |
| Force d’âme | Solidité intérieure |
| Espérance | Projection positive malgré l’épreuve |
| Endurance | Résister à la fatigue morale |
Comment traduire « stress » et « résilience » ?
Voir les entrées de dictionnaire correspondantes sur ce site.
